Archives mensuelles : avril 2017

Parution : Lumières et océan Indien

Lumières et océan Indien. Bernardin de Saint-Pierre, Évariste Parny, Antoine de Bertin, dirigé par Chantale Meure et Guilhem Armand, vient de paraître aux Éditions Classiques Garnier.

L’océan Indien, chez Bernardin de Saint-Pierre, Évariste Parny et Antoine de Bertin, ne relève pas seulement de la littérature exotique. Leurs œuvres prennent leur source dans une connaissance réelle de cet espace. Quelle en est la part de vérité ou d’invention poétique ? Quelle en est la postérité ? The Indian Ocean in the works of Saint-Pierre, Évariste Parny, and Antoine de Bertin is not simply something out of exotic literature. Their works emerge from a real knowledge of that realm. How much is true; how much poetic invention? What is the legacy of their depictions? Voir la table des matières.

Partage scientifique : Sur la littérature comparée (Hitoshi Oshima)

Hitoshi Oshima est Professeur de Littérature Comparée et de littérature japonaise à l’université de Fukuoka au Japon. Il a été Président de l’Association japonaise de Littérature Comparée, fonction assumée actuellement par Masahiko Nishi. Avant d’enseigner à l’université de Fukuoka, il a enseigné à Barcelone, Lima, Buenos Aires et Paris. Il est aussi l’un des fondateurs de l’université libre de Karatsu, pilotée bénévolement par quatorze chercheurs de diverses disciplines et dont l’objectif est d’offrir un « apprentissage vivant », de partager des méditations et des réflexions avec un large public sur l’évolution du monde. Les voyages et le parcours professionnel d’Histoshi Oshima sont à l’image de son cheminement intellectuel qui privilégie une pensée dynamique et exprime le souci d’une subjectivité ouverte. Ses réflexions publiées en anglais ou en français se fondent sur une démarche comparatiste clairement pragmatique, destinée avant tout à explorer un espace de rencontres possibles à la lumière desquelles l’individu pourrait élargir sa compréhension du monde et sa propre conscience. Dans une perspective plus globale, Hitoshi Oshima compare des littératures, des visions du monde, des philosophies pour « ne rien négliger » et ne rien mépriser de ce qui est dans le monde, autrement dit, pour penser et agir en rapport avec ce qui est et non avec ce qui devrait être. Dans l’un de ses derniers articles, « Ethics in Myth and History » (Juin 2016), il démontre de manière magistrale à quel point l’éthique fondée sur une vision mythique du monde peut s’avérer plus adaptée au réel et plus juste qu’une éthique fondée sur une vision historique du monde. Tous ses écrits disponibles en langue occidentale permettent d’entrevoir une conception à la fois philosophique et pragmatique de la littérature comparée et plus certainement un enjeu éthique éminemment universel. J’invite vivement tous les lecteurs à lire ses textes disponibles sur son site et à lire ses réponses à mes questions.

1. En quoi la littérature et/ou la pensée japonaises ont-elles pu influencer votre manière de comparer les textes et de penser la littérature à savoir, si j’ai bien compris, comme une dynamique du vivant ?
La pensée japonaise est fondamentalement vitaliste. Traditionellement parlant, la poésie occupe une place importante dans l’esprit des Japonais. Ces deux éléments doivent avoir exercé une influence sur ma façon de penser et voir la literature, sûrement.
Mais il faut dire qu’en ce qui concerne le comparatisme, celui qui m’a beaucoup inspiré est Claude Lévi-Strauss. La pensée sauvage et Tristes Tropiques sont des livres qui m’ont ouvert un horizon intellectuel d’une manière ineffaçable.  
 
2. Dans un article sur Kitaro Nishida, vous démontrez que sa conception philosophique du « champ » permet de lever les paradoxes de la pensée binaire et que, contrairement à la dialectique hégélienne ou à la philosophie de Parménide qui effacent la dualité, cette notion de champ reconnaît toute possibilité de relations y compris contradictoires et conflictuelles. Comment transposez-vous cette notion de champ, philosophique et physique, à la littérature comparée ? En quoi, selon vous, le champ défini par Nishida pourrait-il être un enjeu fondamental pour définir la littérature universelle?
D’après Nishida, le monde est à la fois contradictoire et identique à soi-même. La littérature comparée suivant cette prémisse serait une volonté de saisir l’universel sans perdre de vue la particularité et la multiplicité de toutes les littératures existantes dans le monde.  
   
3. Que pensez-vous de la littérature mondiale ou world literature ?
Je l’accepte en tant qu’elle n’exclut pas ou ne perd pas de vue la particularité et la multiplicité des littératures qui se créent dans différents espaces et temps. Car il est aussi important de penser à l’universel qu’au particulier.

4. Dans un article sur l’éthique de la critique, vous rappelez l’une des recommandations de Camus « Ne rien mépriser ». Diriez-vous que l’éthique du comparatiste, quelle que soit la discipline, se fonde avant tout sur l’amour du même et de l’autre ?
Exactement.

5. Que peut, selon vous, la littérature comparée en temps de détresse et de guerres ?
Employant les mots de « Candide », la littérature comparée est un beau jardin à cultiver même si elle ne peut faire apparemment grand-chose au monde actuel. De plus, puisqu’il est important qu’un enfant connaisse un monde littéraire d’une culture différente à la sienne, ce qui lui ouvrira la porte pour rencontrer l’autre, la littérature comparée a des choses à faire dans le milieu éducatif.