Archives mensuelles : octobre 2017

Appel à communication : « Définis-moi l’Indianocéanie »

L’Université de La Réunion (OSOI, OIES, LCF, DIRE, CRJ) en partenariat avec les universités de Madagscar (C3ED-M, CAA (Antananarivo), ENS de Toliara) et des Comores (EDSCL.) organisent un colloque international qui aura lieu le 4 et 5 octobre 2018 à l’université de La Réunion.

Si l’océan Indien a fait l’objet de nombreux travaux, l’Indianocéanie, en revanche, est moins bien connue. Existe-t-elle de fait ? A partir de quelles réalités ? Si tel n’est pas le cas, quel intérêt d’envisager cette construction ? Pour quelle ambition ? Le concept et l’espace auquel il se réfère ouvrent de larges perspectives croisant différents champs d’investigations. Un premier colloque à Mahébourg (Maurice) en 2013, sous l’égide de la Commission de l’océan Indien (COI) « L’Indianocéanie, socle et tremplin de notre devenir », constituait un premier « pas vers l’émergence d’une identité indianocéannienne forte » (J.C. de l’Estrac, Secrétaire Général de la COI). Une deuxième avancée était effectuée en 2016, avec la parution de l’ouvrage collectif « Patrimoines partagés – Traits communs en Indianocéanie » (J.-M. Jauze – COI).

Pour autant le concept demeure encore imprécis. Si les fondements historiques, culturels, politiques, environnementaux, tracent un trait d’union entre les îles du Sud-Ouest de l’océan, sont-ils, pour autant, suffisants à définir l’Indianocéanité? Car, ces îles se singularisent aussi par d’importantes disparités, de développement, d’économie, de gestion des territoires, de participation aux réseaux mondiaux. L’aire géographique concernée pose également question. L’Indianocéanie fait-elle référence aux seuls territoires de la Commission de l’océan Indien, La Réunion, Maurice, Les Seychelles, Madagascar, les Comores ? Quid du cas de Rodrigues, de Mayotte, des Maldives, des îles éparses ? D’ailleurs, ce concept n’intègre-t-il qu’une dimension insulaire et archipélagique ? Beaucoup de liens rapprochent les rives orientales africaines des espaces insulaires du Sud-Ouest de l’océan Indien : contribution africaine à leur peuplement, omniprésence de communautés indiennes au Kenya et en Afrique du Sud, héritage culturel et linguistique, histoire du commerce maritime, importance géopolitique de l’Afrique du Sud. Quels seraient les critères d’une approche pertinente de cet ensemble que l’on cherche à identifier au cœur de l’océan Indien ?

 

Cette rencontre scientifique internationale s’inscrit dans la dynamique de la fédération de recherche de l’Université de La Réunion, Observatoire des Sociétés de l’Océan Indien (O.S.O.I.), dont les objectifs sont de fédérer les travaux et de promouvoir les connaissances sur cette partie du monde à travers l’étude des territoires et mobilités, des risques et développements, des réseaux et pouvoirs. Elle se propose ainsi de réunir, en octobre 2018, durant deux jours, à l’Université de La Réunion, des chercheurs travaillant sur l’océan Indien, autant sur les îles que sur les rives continentales, afin de tenter de cerner les contours géographiques de l’Indianocéanie, son contenu et son importance géostratégique. Elle privilégiera des démarches comparatistes et des approches pluridisciplinaires, à partir de trois axes :

– Axe 1 – L’Indianocéanie à l’épreuve du temps. Il s’agira d’interroger le concept dans ses formalisations humaines, historiques, géographiques, politiques, juridiques, économiques, linguistiques, littéraires, en évaluant les facteurs de cohésion et d’unification.

– Axe 2 – L’Indianocéanie, un monde pluriel. La définition renvoie aussi à la question des « limites » : frontières géographiques, inerties, freins au développement, débats et réalités politiques (par exemple la COI et la question de Mayotte ou des îles à souveraineté contestée), les limites des discours, les limites des concrétisations, les limites de l’appropriation…

– Axe 3 – L’ambition indianocéanique. Il conviendra, au-delà des freins et des situations de blocage, de questionner également les volontés, les enjeux, les conditions et les capacités à consolider ou à construire un destin partagé. (Lire l’appel en entier ici)

« L’indisciplinarité du poème » : journée d’étude des Mastérants de lettres (M1)

De chemins entre tous arbitraires
Forcer la géométrie d’un temps révolu
A travers tous les orifices possibles
(Jean-Pierre Luminet, Noir soleil, Le Cherche Midi Editeur, 1993, p.63)

Le dessin ci-contre et les vers ci-dessus de Jean-Pierre Luminet (Visiter son blog) donnent à voir et à entendre ce que pourrait être l’indisciplinarité, non seulement en tant que trajectoire de la pensée, tracé mental, rapport de forces et possibles imaginaires mais aussi en tant que traversée vers ou dans l’inconnu qui suppose au moins une discipline (ici : le graphisme, la géométrie, un savoir scientifique et/ou poétique, une direction morale) et tout ce qui en sort (l’arbitraire, le possible, la liberté du mouvement de pensée). C’est en comparant les poèmes de Jean-Pierre Luminet avec ceux du poète Henri Meschonnic (Et la terre coule, 2006), du poète arabe Adonis (La forêt de l’amour en nous, 2009) et du poète indonésien Sapardi Djoko Damono (Suddenly the Night, 1988) que les Mastérants de première année du Master « L’océan Indien en ses textes » de l’université de La Réunion ont interrogé l’enjeu de l’indisciplinarité en poésie, à travers un ensemble de courtes communications qui examinent la notion sous différents angles. Six d’entre eux partagent ici leurs recherches, réalisées sur une période d’un mois, dans le cadre du séminaire de littérature comparée (lire le synopsis). Je les remercie d’avoir accepté de diffuser l’enregistrement de leur communication sur « Littératures comparées vues de l’océan Indien ».

Le programme de cette journée d’étude s’est ouvert avec une communication d’Indiana Fontaine (écouter) qui interroge d’emblée la notion de frontières : « Le poème a-t-il des frontières culturelles ? ». Elle montre que le poème, fût-il né de telle culture ou telle discipline, cultive surtout une dynamique de l’indisciplinarité qui s’apparente à une démarche à la fois heuristique et technique et qui fait du poème une technologie qui unit science (logos) et art (tekhnê). La communication de Katia Hackmann (écouter), « L’amour dans les quatre oeuvres poétiques », étudie l’élément eau dans les poèmes pour interroger la manière métaphorique dont la poésie et les sciences du vivant, évoquées notamment dans la poésie de Damono, décrivent le phénomène de l’amour. De la même manière, en s’interrogeant sur les « Astres et désastres dans les poèmes de Jean-Pierre Luminet et Henri Meschonnic », Maureen Lumineau (écouter) attire plus particulièrement notre attention sur la force de réorganisation du monde et du cosmos propre à la poésie, montrant ainsi que l’indisciplinarité du poème repose sur un subtile équilibre de forces, nécessaire, difficilement saisissable mais repérable à travers le langage. Dans la continuité des réflexions précédentes, May Li Méhari (écouter) propose de reprendre la définition du poème de Henri Meschonnic – « la transformation d’une forme de langage par une forme de vie et la transformation d’une forme de vie par une forme de langage » – pour méditer sur l’articulation « Poésie et matière : dire le monde ». Sa communication montre que le poème ne peut avoir lieu sans le corps. La communication suivante de Kevin Minatchy (écouter) donne l’exemple du corps vibrant jusqu’à la transe dont le langage poétique s’apparente au délire et qui n’est plus rationalisable. « L’hérésie ou la logique scandaleuse des images dans les poèmes de Damono et Adonis » montre donc une indisciplinarité extrême qui fait écho à la pensée mystique. Enfin, pour clore ce partage réflexif autour de l’indisciplinarité du poème, Mariyah Patel (écouter) nous offre une étude comparée sur « Fin et commencement dans les quatre oeuvres poétiques » et montre que dans le commencement du corps se trouve la fin recommencée du poème grâce à une interconnexion indisciplinée des corps.