Tous les articles par Bénédicte

Publication :

Centres et périphéries de la littérature mondiale

Les Éditions Connaissances & Savoirs (en vente ici) viennent de publier un ouvrage dirigé par Amaury Dehoux (Université Catholique de Louvain-la-Neuve) : Centres et périphéries de la littérature mondiale, Une pensée connectée de la diversité.

En tant que système, la littérature mondiale établit des connexions mouvantes entre différentes zones géographiques, culturelles et linguistiques. C’est pourquoi les notions de centre et de périphérie se voient constamment renouvelées et demeurent d’une grande fécondité pour la critique littéraire aujourd’hui. Le présent ouvrage s’intéresse précisément à quelques actualisations remarquables du binôme centre-périphérie dans la littérature contemporaine. Il envisage les dynamiques, les dispositifs et les problématiques propres à diverses littératures non occidentales, qu’elles soient européennes (Bulgarie, Slovénie) ou extra-européennes (océan Indien, Caraïbes, monde arabe). Il interroge sur cette base la pensée du relatif et de l’universel, qui sous-tend toute littérature, et le devenir d’une telle pensée à l’ère de la globalisation. (Lire le sommaire)

Séminaire GenderMed :

« Le féminin dans l’œuvre poétique d’Adonis »

Bénédicte Letellier (Maître de Conférence en Littérature Comparée à Université de La Réunion) animera un séminaire de GenderMed (réseau thématique de la MMSH, AMU / CNRS) organisé par Randi Deguilhem le jeudi 14 juin de 10h à 12h sur le Campus Schuman (Maison de la Recherche, Aix-en-Provence). Elle abordera le thème du féminin dans l’œuvre poétique et visuelle du poète syrien Adonis.

Synopsis : Dans un dialogue avec Houria Abdelouahed, Adonis prolonge la pensée d’Ibn ‘Arabî et dit : « Tout lieu commandé par la seule virilité, est stérile. » Ainsi, pour lui, « l’homme, sans la féminité et sans cette dimension du féminin, devient une machine. » (Violence et Islam, 2015, p. 105)
Nul doute que l’art et la pensée d’Adonis célèbrent et exaltent le féminin de diverses manières. Je dirais que cela va de soi lorsqu’on est poète. Mais, si l’on n’est pas poète, à quoi voit-on qu’il y a du féminin ? Adonis associe la féminité à la fécondité, à la créativité. Bien plus qu’une question de genre, bien plus qu’une réflexion intellectuelle sur la place de la femme qui n’est qu’un des aspects de la dimension féminine du monde, le poète partage avec nous la puissance de fécondité que recèle tout être vivant. Cela passe par un lien au corps, comme une reconquête de soi. Et plus étonnamment, cela passe par une ouverture à l’autre, à notre étrangeté fondamentale. « Par toi, dit le poète, j’arrive à moi-même, je m’atteins » (Commencement du corps fin de l’océan, « Vagues », Mercure de France, 2004, p. 109). A travers ces deux parcours, vécus et évoqués avec enthousiasme par le poète, le poème esquisse de nouvelles manières d’aimer, soi-même comme un autre. Chaque fois, le poète choisit un lieu commun d’expérimentation (le corps, l’image de la femme, le mythe, le symbole, la nature…) où s’éprouve quotidiennement cette distance qui nous sépare de l’autre – femme ou homme – et de nous même et où se devine un amour possible qui sera nécessairement un lien fécond, la dimension visible du féminin.
En tant que femme, lectrice, critique et traductrice de l’œuvre poétique d’Adonis, je présenterai ce que j’y ai vu de féminin (autant dans ses poèmes que dans ses œuvres graphiques) et la manière dont je propose de le traduire.

Colloque international

Écotones 3

Corinne Duboin (EA DIRE, Université de La Réunion), Thomas Lacroix (MIGRINTER, UMR CNRS-Poitiers) et Judith Misrahi-Barak (EA EMMA, université Paul-Valéry Montpellier 3) organisent le troisième colloque international du programme « Écotones » qui aura lieu à Saint-Denis de La Réunion du 14 au 16 juin 2018 (voir le programme et les résumés des communications).

Un « écotone » désigne initialement une zone de transition entre deux écosystèmes, par exemple entre terre et mer. Le programme « Ecotones » (2015-2020) est un cycle de colloques qui vise à reprendre un terme propre à la géographie et à l’écologie et d’élargir le concept en l’appliquant à d’autres sciences humaines et sociales. Un « écotone » peut ainsi être également compris comme étant un espace culturel de rencontres, de conflits, de renouvellement entre plusieurs communautés (Florence Krall). Une série d’événements interdisciplinaires est ainsi organisée par EMMA (Université Paul-Valéry Montpellier 3, France), Coastal Carolina University (SC, USA) et MIGRINTER (UMR CNRS-Poitiers, France) en collaboration avec des universités partenaires. Des manifestations se sont tenues à Amsterdam (Octobre 2015, Université d’Amsterdam, Universitéd’Anvers, Université de Liège, UniversitéCatholique de Louvain et Werkgroep Caraïbische Letteren), Montpellier (Juin 2016, UniversitéPaul-Valéry Montpellier 3), Londres (Octobre 2016, Institute of English Studies, School of Advanced Studies, Universitéde London) et Poitiers (June 2017, Universitéde Poitiers). Des publications sont prévues avec les différents partenaires.

Le colloque « Ecotones 3 » a pour objectif de poursuivre l’étude interdisciplinaire de ces «écotones » dans le contexte particulier de l’océan Indien en tant qu’espace de circulation et « zone de contact » (Mary Louise Pratt). L’étude de ses écotones géoculturels, perçus non pas comme de simples lignes de démarcation et de fracture, mais également en tant qu’espaces de l’entre-deux où les tensions sont à l’œuvre, permet de mettre au jour la porosité et l’instabilité des frontières géographiques, politiques et socio-culturelles dans un monde en mouvement. L’interstice devient alors un « tiers-espace » (Bhabha, Soya) favorisant d’une part le brassage et le divers, l’émergence de nouvelles entités/identités «composites » (Glissant), des altérités hybrides nées de la rencontre ou du conflit ; produisant d’autre part des oppositions, des heurts et autres frictions. Au milieu de ces entrecroisements historiques et culturels dans l’océan Indien, ce qui relève de la vulnérabilité individuelle et collective, sociale et politique, doit aussi être au centre du débat. Si cette fragilité peut être perçue comme source de risques potentiels, elle peut aussi mener à la construction d’une plus grande résilience, qui passe par la prise de conscience de cette fragilité. L’urgence de la protection d’écosystèmes en danger ne doit pas faire oublier non plus que des populations, menacées elles aussi, sont en lien étroit avec ces écosystèmes. Le concept de « slow violence » (Rob Nixon) pourra certainement être utile dans ce contexte. Il conviendra aussi de faire émerger des pistes d’analyse sur l’extrême contemporain qui permettront de comprendre en quoi l’océan Indien peut offrir des éclairages sur l’évolution du monde dans lequel nous vivons au début du XXIe siècle, avec ses mécanismes de « déterritorialisation » (Appadurai) et de « transnationalisme mineur » (Lionnet et Shih).

Congrès International :

ATLAS 2018, « Being transdisciplinary »

« Être transdisciplinaire » est le prochain thème  général du congrès international organisé par The Academy of Transdisciplinary Learning & Advanced Studies, co-organisé par l’université de Babeș-Bolyai (Cluj-Napoca, Roumanie), le département d’Ingénierie Mécanique de l’université Texas Tech et par le Centre International de Recherches et d’Etudes Transdisciplinaires (CIRET).

Le congrès aura lieu à la Faculté des Études Européennes, 1 rue Emmanuel de Martonne, à Cluj-Napoca (Roumanie, Université Babes-Bolyai) du 3 au 7 juin 2018. Le programme (Lire le programme détaillé ici) de la Conférence Internationale Transdisciplinaire-Transnationale-Transculturelle (T3) d’ATLAS rassemble des réflexions sur les problèmes mondiaux transdisciplinaires, transnationaux et transculturels. Les séances plénières et les panels principaux seront présentés par des conférenciers éminents tels que Basarab Nicolescu (Physique, France), Raymond Yeh (Économie et management, États-Unis), Paul Gibbs (Sciences de l’éducation, Angleterre),  Sacha Kagan (Sociologie des arts et cultures, Allemagne), Adame Domingo (Philosophie et théâtre, Mexique), Søren Brier (Biologie et psychologie, Danemark), Lily Yeh (Artiste, États-Unis), Juan M. Sanchez (Économie, États-Unis), Emil Hurezeanu (Droit et art, Roumanie), Gustavo Avilés (Architecture, Mexique). Des tables rondes sur des sujets spécifiques seront également organisées.

Partage réflexif et créatif d’étudiants :

la critique fiction

 Dans le prolongement du cours de Littérature Comparée de licence 3 sur le thème de la critique fiction (résumé disponible dans l’onglet « cours et séminaires »), Yaëlle Dijoux, Morgane Dandin et Leslie Fivria partagent ici une étude comparée de deux extraits de Dites-moi le songe d’Abdelfattah Kilito et de Rimbaud, le huitième dormant de Salah Stétié. Elles interrogent la notion d’authenticité de la critique comme de la fiction : dans quelle mesure peuvent-elles être conformes à la/une vérité et la servir ? Pour le dire vite, en quoi la critique aurait-elle besoin de la fiction pour être vraie autant que conforme à la/une vérité ? Et si la critique fiction d’un Kilito ou la critique créatrice d’un Stétié sont vraies, que nous disent-elles du texte fictif et de la réalité observée ?

De même, dans le prolongement de ce même cours et d’une initiation à la recherche, Daphné Bérenger partage ici un texte écrit à partir des poèmes de Rimbaud, à la manière de Sophie Rabau interpolant Rimbaud dans B. comme Homère (Anarchasis Editions, 2016). D’une matinée d’ivresse, elle interpole donc Rimbaud par le biais d’un traducteur et critique chinois qui célèbre l’infernale ivresse…

Enfin, les deux peintures ci-dessus ont été réalisées par Aurélie Lauret et inspirées par un poème de Bénédicte Letellier.

Conférence :

« Einstein était-il aussi un artiste? » (Étienne Klein)

 Étienne Klein, physicien et philosophe des sciences enseignant à l’École Centrale de Paris, donne une conférence au Village Corail (Saint-Gilles) mercredi 18 avril à 18h15.

Einstein, un artiste ? Sa vie ressemble à une lente mais incessante promenade à vélo. Il procédait par « expériences de pensée », chacune agissant comme un coup de pédale lui permettant de faire progresser sa réflexion. Mais qu’est-ce qu’une « expérience de pensée » ? La façon dont Einstein avait d’en inventer relèverait-elle d’un travail d’artiste de la pensée ?

 

Conférence :

« Poésie et architecture : comment se situer dans le monde ? » (Bénédicte Letellier)

L’école d’architecture de La Réunion située au Port, antenne de l’ENSAM (Montpellier), organise le mardi 10 avril 2018 à 13h en salle de conférence (cf. site de l’ENSAM à La Réunion) une conférence sur la poésie et l’architecture, présentée par Bénédicte Letellier (Université de La Réunion).

Se situer, ce n’est pas seulement savoir se repérer dans un lieu ou par rapport à un lieu, c’est aussi le ressentir et s’habituer à lui, c’est-à-dire savoir comment l’habiter, comment y trouver sa place la plus harmonieuse possible. C’est donc se connaître par rapport à un contexte, à un environnement. Se situer dans le monde implique nécessairement d’accepter que les situations changent et qu’elles nous changent. Se situer et se re-situer selon diverses situations, voilà ce que nous enseignent l’architecture et la poésie que l’on pourrait donc définir comme deux types d’expériences esthétiques de mise en situation.
De la même manière que Jean Nouvel constate qu’aujourd’hui l’architecture telle que lui-même la pratique est un art considéré comme élitiste, la poésie est elle aussi stigmatisée en France comme un art marginal, si peu démocratique. Toutes deux souffrent donc d’une certaine indifférence générale que d’aucuns expliquent comme la conséquence de leur prétendu hermétisme. Que nous disent-elles de nous et de notre rapport au monde ? Comment les lire et les comprendre ?
Au cours de cette conférence-entretien, j’aimerais pouvoir questionner et discuter avec les étudiants cet a priori qui en a fait deux pratiques étrangères aux réalités concrètes du quotidien, là où au contraire elles pourraient nous être très utiles. D’ailleurs, les deux arts se complètent. En effet, pour le dire vite, si l’architecture est, selon l’expression de Maurice Sauzet, une « écologie de l’éveil poétique », on peut dire à l’inverse que la poésie est le retour des impressions architecturales. Dans les deux types d’expériences, il y a tout d’abord l’épreuve du corps dans l’espace et le temps. Les deux arts exigent donc un retour à soi dans une dimension avant tout sensible. Il y a ensuite les formes qu’elles génèrent et qui interrogent notre représentation du monde et notre propension à nous illusionner. Comme le formule Guillevic, dans un poème intitulé « Pyramide », « Nous, figures, nous n’avons / Après tout qu’un vrai mérite / C’est de simplifier le monde, / d’être un rêve qu’il se donne. » Jusqu’à quel point l’architecture et la poésie révèlent-elles notre situation rêvée ou réelle dans le monde ? (B. Letellier)