Licence 2

Théorie littéraire comparatiste (Semestre 1)
Hélène Fau (Invitée ERASMUS, Université de La Sarre)

« Intermédialité : dialogues entre textes et images et textes… »

Ut pictura poesisUt poesis pictura – Poésie et peinture se ressemblent au point de se confondre, comme le clamaient les auteurs de l’Antiquité (notamment Horace dans Art poétique, 361-365). L’écrivain écrit d’un ductus de peintre et le peintre peint d’une plume d’écrivain. L’irruption de l’image dans le texte – ekphrasis (tableau réel / fictif) ou hypotypose (effet de tableau) – constitue l’une des originalités de l’écrit romanesque. Il en va de même de l’intrusion de l’élément textuel dans l’espace pictural du tableau. Dans différents romans et tableaux-phares du monde littéraire et artistique français, nous nous interrogerons sur les modalités et les enjeux de telles apparitions (et circulations parfois anamorphotiques et rhizomiques) tout en nous intéressant au regard que leur porte la pensée intellectuelle française. En d’autres termes, il s’agira d’évoluer et de naviguer dans des espaces intermédiaires en interaction osmotique permanente, que ce soit de texte à texte, d’image à image, de texte à image, d’image à texte, de matériau à matériau, de dimension à dimension, de genre à genre.

Corpus (traité en cours) :
L’image dans l’image dans le texte : le petit pan de mur jaune :

Proust, Marcel. A la recherche du temps perdu. La prisonnière. Paris : Folio, 1954.
Le tableau dans le texte :
Yourcenar, Marguerite. Nouvelles orientales. Comment Wang-Fô fut sauvé. 1964
L’image / la vision chamanique dans le texte :
Blas de Roblès, Jean-Marie. Là où les tigres sont chez eux. Paris : Zulma, 2008.
L’image sacrée dans le texte : présence hiéroglyphique dans :
Blas de Roblès, Jean-Marie. Là où les tigres sont chez eux. Paris : Zulma, 2008.
La photo dans le texte :
Breton, André. Nadja. 1928
Le texte dans l’image :
Tableaux d’Anselm Kiefer et poésie de Paul Celan / Ingeborg Bachmann
Les éléments dans la toile du tableau et/ou du texte :
« Intermatérialité et interdimmensionnalité » – Dialogue entre matériaux et dimensions – Le feu comme pinceau – Peintures au flambeau de JP Marcheschi

Bibliographie :
Baltrusaitis, Jurgis. Aberrations. Quatre essais sur la légende des formes. Paris : Perrin, 1957.
Christin, Anne-Marie. L’image ou la Déraison graphique. Paris : Flammarion, 2009.
Collot, Michel. Paysage et Poésie : du romantisme à nos jours, Corti, 2005.
Collot, Michel. Pour une géographie littéraire, Corti, 2014.
Collot, Michel. La Pensée-paysage
, Actes Sud/ENSP, 2011.
Collot, Michel. « De la géopoétique », dans Augustin Berque et alii (dir.), L’Habiter dans sa poétique première, Editions Donner lieu, 2008.
Deleuze, Gilles. Logique de la Sensation. Paris : Editions de La Différence, 1981.
Genette, Gérard. Palimpsestes. Paris : Seuil, 1982.
Kadi, Simone. La peinture chez Proust et Baudelaire. Paris : Pensée universelle, 1973.
Louvel, Liliane. L’œil du texte. Toulouse : PU du Mirail, 1998.
Westphal, Bertrand. La Géocritique. Paris : Editions de Minuit, 2007.
(Géocritique / Géopoétique / Géographie littéraire)

 

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Lectures comparatistes : la question de l’altérité (Semestre 1)
B. Terramorsi

Notre appréhension de l’altérité prendra appui sur les mythologies du corps féminin et principalement sur l’étude d’un personnage mythique issu de la tradition orale malgache : Zazavavindrano  (« jeune‐fille‐des‐eaux »), encore appelée dans le sud‐ouest de la Grande Île : Ampelamanañisa  (« femme‐qui‐a‐des‐ouïes »). L’analyse d’un coprus de contes et légendes montrera que la sirène malgache est une extension indianocéanique du domaine mythique de la Mélusine médiévale européenne (Le roman de Mélusine, Jean d’Arras 1392). Cette entité aquatique –à la fois même et autre que la fée anguipède Mélusine–, est omniprésente dans le patrimoine oral malgache. L’étude de cette fille des eaux bifurquera finalement vers l’analyse de l’altérité féminine à demeure (la conjointe animale) ; le désir et la peur générés par la différence des sexes. Quand la femme autre de l’homme est re-présentée comme un autre de l’humain

Mots-clés
Altérité marine ; Différence des sexes ; Femme-poisson ; Mélusine ; Mythologie comparée ; Sirène ;  sexe féminin ; Zazavavindrano.

Bibliographie
ASSOUN, P.‐L., « Féminin et voix de l’ailleurs. Psychanalyse des Sirènes » in L’Autre et l’Ailleurs. Analyses et réflexions sur L’Odyssée . Paris : Ellipses, 1992.
ELIADE, M., « Les eaux et le symbolisme aquatique » in Traité d’histoire des religions, Paris, Payot, 1949, p. 198‐224.
LECOUTEUX, Cl., « La structure des légendes mélusiniennes », Annales , vol. 33, n°2, 1978, p. 294‐306 [article essentiel, en ligne sur Persée.com ].
MARBEAU‐CLEIRENS, Les mères imaginées. Horreur et vénération, Paris, Les Belles Lettres, 1988 [important].
OLENDER, M., « Aspects de Baubô », Revue de l’Histoire des Religions, CCII, 1, 1985, p. 3‐55 [important, en ligne sur Persée.com ].
SCHNEIDER, M, Le paradigme féminin, Paris, Aubier/Psychanalyse, 2004.
ROGER, A. « Vulva, vultus, phallus », in L’art d’aimer ou la fascination de la féminité, Seyssel, Champ Vallon, 1995
TERRAMORSI, B. (dir.) Les Filles des Eaux dans l’océan Indien. Mythes, récits et représentations.  Paris, L’Harmattan, 2010. Ill. coul. [cf. sélection de récits oraux en Annexes et articles analytiques]
TERRAMORSI, B. « Comment envisager le sexe de la femme ? Mythocritique comparée de la Baubô grecque et de l’Ampelamanañisa malgache » in Représentions comparées du féminin en Orient et en Occident. M.F. Bosquet et Ch. Meure (éd.) Éditions de l’université de St‐Étienne, 2011.

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Poétiques comparées : modèles, formes et genres (Semestre 2)
B. Letellier

« Épopée et lyrisme dans la poésie française et arabe contemporaine »

En analysant les formes épiques de la poésie arabe contemporaine, nous verrons que la poésie peut être épique et lyrique, politique et intime, monologique et dialogique. En comparant cette poésie, profondément marquée par le déplacement et l’exil, avec la poésie essentialiste et philosophique telle qu’elle se formule dans la poésie française contemporaine, nous nous demanderons dans quelle mesure il n’y a de poème lyrique qui ne puisse être d’abord épique. Dans le paysage mondial actuel, peut-on véritablement recourir à la puissance créatrice de la poésie si elle ne se limite qu’à n’être qu’une « agence immobilière » (Henri Meschonnic) pour loger les je « perdus dans le bois de la langue » (Henri Meschonnic) ou la langue de bois ? Il s’agira donc d’ouvrir la réflexion sur les théories du langage et du rythme et, plus globalement, sur les conceptions de la poésie et du monde.
Pour initier cette vaste réflexion, nous étudierons et comparerons de plus près des poèmes de Michel Deguy (1930- ), d’Abdelwahab Meddeb (1946-2014) et de Wadih Saadeh (1948- ).

Corpus :
Michel Deguy, La vie subite, Editions Galilée, 2016.
Abdelwahab Meddeb, Portrait du poète en soufi, Editions Belin, 2014.
Wadih Saadeh, Le texte de l’absence, Actes Sud, 2010.

Bibliographie :
Michel Deguy, La poésie n’est pas seule : court traité de poétique, Paris, Le Seuil, coll. « Fiction & Cie », (99), 1987.
Michel Deguy, La Raison poétique, Paris, Galilée, coll. « La Philosophie en effet », 2000.
Judith Labarthe (dir.), Formes modernes de la poésie épique. Nouvelles approches, Peter Lang Publishing Group, 2004.
Jean-Michel Maulpoix, « Michel Deguy : Pourquoi la poésie ? », Le poète perplexe, José Corti, 2002.
Abdelwahab Meddeb, Instants soufis, préface de Christian Jambet, Paris, Albin Michel, 2015.
Abdelwahab Meddeb, L’Exil occidental, Paris, Albin Michel, 2005.
Henri Meschonnic, Dans le bois de la langue, Editions Laurence Teper, 2008.
Tiziana Migliore et Paolo Fabbri (dir.), The Architectures of Babel. Creation, Extinctions and Intercessions in the Languages of the Global World, Olschki, 2011.
Jean-Claude Pinson, Poéthique, une autothéorie, Champ Vallon, 2013.
Dominique Rabaté, Gestes lyriques, José Corti, 2013.