Synthèse du séminaire de Mme Fau

« L’indisciplinarité du poème »

Synthèse des trois premiers séminaires dispensés par Mme Fau (Université de la Sarre, Allemagne, ERASMUS+)

Le premier séminaire a interrogé l’indisciplinarité en poésie et l’a définie comme une sorte d’affranchissement, de dépassement des disciplines sans pour autant les nier totalement. Puis, l’indisciplinarité a été comparée à une révolution dans la pensée, ou, pour reprendre l’expression de Michel Foucault, « l’art de ne pas être totalement gouverné ». Elle s’exprime tout particulièrement en poésie dans la mesure où le poème recourt à un langage qui remet nécessairement en question notre rapport à la langue. Pour Mme Fau, l’indisciplinarité appliquée à la poésie pourrait prendre la forme d’une Ur-poésie, poésie primordiale qui renverrait à une « langue d’essence originelle ». Car à l’origine du poème serait le cri. Ainsi associé à un archaïsme de la parole, le poème aurait quelque chose d’indiscipliné. Selon Mme Fau, le poème indiscipliné est celui qui refuse de se plier à une discipline et se faisant décloisonne et déconstruit. Preuve de son indiscipline : sa capacité à déformer le langage. Rappelant la formule d’Horace Ut pictura poesis, Hélène Fau se propose de comparer le poème à la peinture, la métaphore à l’image. Citant Greimas, elle rappelle que la métaphore dans le poème est une menace car elle est une possible distorsion du langage scientifique. Un exemple en peinture : l’anamorphose considérée comme une déformation réversible de l’image. Elle cite d’autres exemples parmi lesquels les peintures de Goya qui suscitent chez Deleuze ce qu’il appelle « l’étreinte du chaos » et nous invitent à décloisonner notre perception. Poésie et peinture, par leur langage métaphorique et pictural, expérimentent donc l’indisciplinarité et font sentir le sujet comme « assis au bord du monde » (expression emprunté à un vers d’Anna de Noailles), totalement ouvert. Pour clore cette introduction, Mme Fau présentent des œuvres indisicplinées qu’elle étudiera dans les deux autres séminaires et qui nous invitent à étreindre le monde, cosmos et chaos, comme la peinture de Soulages, de Klein, comme la poésie de Lydie Dattas et des poètes anglais métaphysiques. (texte co-écrit par tous les étudiants de M1 Lettres)

Le deuxième séminaire était consacré à l’indisciplinarité dans la poésie stellaire. Quel est son héritage ? Quels sont les poètes-artistes qui s’en nourrissent ? Rappelons que suivre une démarche indisciplinée, c’est tisser les connaissances, créer des liens, les mettre en résonance. Ce serait adopter une posture de pensée « rhizomique », pour reprendre l’expression de Deleuze, décloisonner les savoirs, les dépasser. Aller au-delà, outre, et « transgresser la dualité » pour parvenir à ce que Basarab Nicolescu appelle le « tiers secrètement inclus », sorte de fond invisible présent dans toutes choses du monde. Selon Serge Pey, « la poésie n’imagine pas, elle voit », et elle ferait aussi voir, à l’instar du poème stellaire, qui insère l’incommensurable, le macrocosme en son sein, et ouvre à une immensité cosmique. Il invite l’Homme cosmique à se laisser traverser par les énergies circulantes de l’univers. Le poème semble d’ailleurs lui-même mouvance. Il bouge au rythme de l’Univers, participe à la ronde planétaire. Une circularité rendue par des effets de répétition rappelant la transe chamanique permettant d’atteindre un niveau de réalité autre. A Mme Fau de prendre d’abord l’exemple du poète soufi Rumi, qui, dans un poème stellaire Say I Am You, relativise sa présence sur terre tout en l’affirmant : il est l’Univers. Cosmologie, astronomie et poésie se rejoignent et rendent compte d’une union mystique qui témoigne qu’il n’y a pas de séparation binaire mais plutôt un « dépassement de la binarité » que l’on retrouve également dans la poésie métaphysique anglaise du XVIIème ou dans celle d’Adrienne Rich. C’est cette nouvelle vision du monde que Pierre Soulages, ce « barbare éclairé » (selon Lydie Dattas) et indiscipliné, nous propose d’explorer dans sa peinture dont l’outrenoir en donnerait presque une dimension prophétique. Un autre peintre, Anselm Kiefer, dont les compositions fragmentées marquent des correspondances entre les êtres, et les resituent dans l’univers, fait lui aussi preuve d’indisciplinarité. (Aurore Mandrin)

Le troisième et dernier séminaire de Mme Fau sur l’indisciplinarité du poème met en rapport la poésie stellaire, vu lors du séminaire précédent, et la poésie magnétique. En effet, comme le poème stellaire, le poème magnétique est lui aussi lié aux étoiles, à l’univers. Le magnétisme, phénomène cosmique mystérieux qui agit à l’échelle de la planète, renvoie à la pierre de magnésie qui est un aimant naturel. Dans la poésie magnétique anglaise du 17ème siècle, ayant souvent pour thème l’amour, c’est la dame qui est la pierre de magnésie (« loadstone ») alors que l’amoureux est l’étoile polaire magnétique (« loadstar »). Cette pierre d’aimant dégage une force qui peut agir à distance pour unir/ réunir deux âmes séparées l’une de l’autre car elle sait transmettre les émanations de l’âme. Cependant, la réciprocité est un élément indispensable pour permettre cette réunion entre les deux âmes car le magnétisme est une force bidirectionnelle. Cette réciprocité des deux âmes s’exprime dans la poésie magnétique avec le terme de « mutual fire » car cette force attractive est issue d’une même âme. En plus de cet amour humain, la poésie magnétique anglaise du 17ème siècle se compose également de l’amour universel et de l’amour divin. Pour ce dernier, c’est la boussole indiquant le pôle nord magnétique qui guide l’Homme dans sa recherche d’un idéal sacré et dans la perfection de sa foi chrétienne. La boussole permet aussi un mouvement dans l’espace et fait parfois sortir l’aimé(e) de son hésitation. Ce séminaire s’est clôturé avec l’évocation de la poésie magnétique et mécanique contemporaine de Muriel Rukeyser. La poétesse tisse un lien entre la création d’un poème et la création mathématique qui permet de faire la transition avec la deuxième partie de ce séminaire assuré par Mme Letellier. (Jonas Pajanie)

Synthèse vidéo des 2e (Réalisation : Ophélie Sautron) et 3e (réalisation : Christine Payet) séminaires :

Conférences :

Hélène Fau (Université de Sarrebruck)

Hélène Fau (Université de Sarrebruck) donnera deux conférences à l’université de La Réunion dans le cadre d’un échange ERASMUS.

Le jeudi 12 septembre à 18h en amphi 5 Sudel Fuma, la conférence organisée dans le cadre des « Jeudi de la faculté des lettres » portera sur « Religions et laïcité dans les séries télévisées ». Depuis quelques années, les séries télé (françaises et autres) s’imposent dans le paysage audio-visuel français comme un genre majeur. Entretemps, des festivals (Cannes Séries, série Mania à Lillle), des blogs (Le monde des séries), des articles de presse, des émissions de radio (Du grain à moudre), des colloques universitaires et même des thèses leur sont consacrés. Rien de surprenant puisque de plus en plus de spectateurs succombent régulièrement à ce qu’on appelle le « binge watching » (visionnage en rafale), c’est-à-dire à la consommation de toute une saison sans interruption. La conférence s’intéressera en particulier à trois séries (La commune / Ainsi soient-ils / Au nom du père) et à la manière dont celles-ci mettent en scène les religions et la laïcité.

Le vendredi 13 septembre de 12h à 14h en amphi 1, la conférence organisée par DIRE portera sur « Femmes et genres dans le roman français / francophone contemporain ». Comment les femmes sont-elles représentées dans la littérature française / francophone contemporaine ? Quelle place le texte littéraire, écrit par des femmes et des hommes, leur accorde-t-il ? Les femmes participent-elles activement à l’histoire, progressivement libérées du regard social, ou n’en sont-elles que de simples témoins, encore et toujours ligotées par les conventions et assignées à d’incontournables tâches ? En d’autres termes sont-elles le reflet d’une socialisation subie et genrée ? Le texte est-il, lui-même, toujours et encore genré ? Aussi, à partir de différents exemples, cette communication analysera-t-elle les rapports que les personnages féminins de romans entretiennent avec les marqueurs de genre tels que le corps, l’identité, la filiation (ou plus exactement la fabrique sociétale du corps, de l’identité etc.) et tentera de répondre aux questions formulées ci-dessus.

Partage :

« Universalizing the Indian Ocean » (Isabel Hofmeyr)

Je vous invite à lire l’article d’Isabel Hofmeyr, Professeur de littérature africaine à l’université de Witwatersrand (Johannesbourg) : « Universalizing the Indian Ocean » (Publications of the Modern Language Association of America 125(3):721-729, 2010). Dans cet article, Isabel Hofmeyr montre comment l’océan Indien, par son histoire, ébranle la vision binaire du local résistant et du global dominant. En effet, dans cette partie du globe, la rencontre des anciennes diasporas et des nouveaux empires dessine des universalismes concurrents qui interrogent fortement le pouvoir de l’état nation. Cet article, comme son ouvrage intitulé South Africa and India: Shaping the Global South (Johannesburg: Witwatersrand University Press, 2011), me permettent ici d’annoncer et d’introduire une réflexion sur le même thème, la mondialisation dans l’océan Indien, et qui sera menée dans l’un des panels de la seconde conférence internationale de l’OSOI (20-21 novembre 2019, université de La Réunion). Lisez donc en avant première le programme de ce panel intitulé « Océan Indien et océan mondial : quelle mondialisation ? ».

Brochure :

Programme des enseignements de lettres (Licence)

De nouvelles lectures pour préparer au mieux les cours du premier semestre et réussir votre année en toute sérénité ! Voici la brochure ici.

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Partage :

Notes de cours et leçons d’agrégation interne 2019

Marc Arino, Maître de Conférence spécialisé en littératures francophones et cinéma (université de La Réunion), partage ici des notes de cours et leçons d’agrégation interne (2019) sur Mort à Venise de Visconti (1971).

Ces notes ont fait l’objet d’une séance dédiée aux agrégatifs de La Réunion le 6 février 2019 et consacrée à l’analyse filmique du film de Visconti.

Call for proposals:

« The Indian Ocean and the Global Ocean: What Globalization? »

The OSOI (Obervatoire des Sociétés de l’Océan Indien) organizes the second international conference on November 2019 (READ) at the University of La Réunion. On this occasion, Bénédicte Letellier launches a call for proposals « The Indian Ocean and the Global Ocean: What Globalization? » (READ).

Submission deadline: March 9th.

Call for Proposals:

« The Global Ocean and the Literary Models of the World »

For the 22nd General Congress of ICLA that will be held from July 29 to Aug 2, 2019 at the University of Macau, themed: « Literature of the World and the Future of Comparative Literature », Bénédicte Letellier launches a call for proposals (Please read here) to organise a panel in the sub-theme number 7: « Theorizing the Literary across Cultures ». This panel, titled « The Global Ocean and the Literary Models of the World », is related to the international Research Project « Oceanic Humanities for the Global South » managed by Isabel Hofmeyr.