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Appel à communication : Ecotones 3

Les laboratoires des universités de La Réunion (OSOI), de Montpellier (EMMA) et de Poitiers (MIGRINTER) lancent un appel à communication pour un colloque intitulé : « Océan Indien : écotones, zones de contact et tiers-espaces » qui aura lieu les 14 et 15 juin 2018 à l’université de La Réunion. Ce colloque s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche « Ecotones (2015-2020) ». Les propositions de communications sont à envoyer au plus tard le 15 décembre. (Lire l’appel en entier)

Un « écotone » désigne initialement une zone de transition entre deux écosystèmes, par exemple entre terre et mer. Le programme « Ecotones » (2015-2020) est un cycle de colloques qui vise à reprendre ce terme propre à la géographie et à l’écologie et d’élargir le concept en l’appliquant à d’autres sciences humaines et sociales. Un « écotone » peut ainsi être également compris comme étant un espace culturel de rencontres, de conflits, de renouvellement entre plusieurs communautés (Florence Krall).

Le colloque « Ecotones 3 » a pour objectif de poursuivre l’étude interdisciplinaire de ces « écotones » dans le contexte particulier de l’océan Indien en tant qu’espace de circulation et « zone de contact » (Mary Louise Pratt). L’étude de ses écotones géoculturels, perçus non pas comme de simples lignes de démarcation et de fracture, mais également en tant qu’espaces de l’entre-deux où les tensions sont à l’œuvre, permet de mettre au jour la porosité et l’instabilité des frontières géographiques, politiques et socio-culturelles dans un monde en mouvement. L’interstice devient alors un « tiers-espace » (Bhabha, Soya) favorisant d’une part le brassage et le divers, l’émergence de nouvelles entités/identités « composites » (Glissant), des altérités hybrides nées de la rencontre ou du conflit ; produisant d’autre part des oppositions, des heurts et autres frictions. Au milieu de ces entrecroisements historiques et culturels dans l’océan Indien, ce qui relève de la vulnérabilité individuelle et collective, sociale et politique, doit aussi être au centre du débat. Si cette fragilité peut être perçue comme source de risques potentiels, elle peut aussi mener à la construction d’une plus grande résilience, qui passe par la prise de conscience de cette fragilité. L’urgence de la protection d’écosystèmes en danger ne doit pas faire oublier non plus que des populations, menacées elles aussi, sont en lien étroit avec ces écosystèmes. Le concept de « slow violence » (Rob Nixon) pourra certainement être utile dans ce contexte. Il conviendra aussi de faire émerger des pistes d’analyse sur l’extrême contemporain qui permettront de comprendre en quoi l’océan Indien peut offrir des éclairages sur l’évolution du monde dans lequel nous vivons au début du XXIème siècle, avec ses mécanismes de « déterritorialisation » (Appadurai) et de « transnationalisme mineur » (Lionnet et Shih) .

Pourront être traités, de manière non restrictive, les thèmes suivants :

En sciences sociales :
-les rapports de force et tensions intercommunautaires et l’émergence de tiers-espaces où se négocient et se renouvellent les identités, dans des sociétés multiculturelles construites au fil d’histoires coloniales et postcoloniales ;
-le processus de transculturation lié à la migration choisie ou forcée, les phénomènes de diasporisation, de créolisation, d’emprunt, de syncrétisme et de pollinisation croisée ;
-les clivages culturels et identitaires, les vulnérabilités, les modes d’opposition, de résistance, les stratégies de contournement ;
-les phénomènes migratoires, la sociologie des villes et des quartiers ;
-les interactions entre ville et nature, les éco-quartiers et autres milieux hybrides alternatifs ;
-l’aménagement du territoire, l’urbanisation des zones agricoles et l’émergence d’un tiers espace liminal ;
-les mutations d’espaces naturels fragilisés, les menaces latentes et la résilience ; la protection environnementale du littoral en milieu insulaire et son exploitation économique.

Dans les domaines artistique et littéraire :
-l’Autre dans les sociétés multiculturelles : les représentations artistiques et littéraires des « zones de contact », des rencontres et entrechocs, des négociations et ajustements, des crises et conflits ; l’invisibilité, la résilience et la formation de contre-cultures ;
-la « littérature de contact » de la période coloniale (récits de voyage, etc.), littératures indianocéaniques, diasporas et migration ;
-la production d’une esthétique hybride, entre appropriation aux modèles dominants et résistance : les processus de créolisation, de métissage, de greffe, de détournement et de révision ;
-l’approche écocritique, la poétique de l’espace et ses écotones.

En linguistique et créolistique :
-La circulation des langues dans l’océan Indien ;
-les phénomènes d’« abrogation » et d’« appropriation » des langues coloniales ;
-les langues locales dans les sociétés postcoloniales ;
-les intersections entre oraliture et littérature ;
-la traduction.

« L’indisciplinarité du poème » : journée d’étude des Mastérants de lettres (M1)

De chemins entre tous arbitraires
Forcer la géométrie d’un temps révolu
A travers tous les orifices possibles
(Jean-Pierre Luminet, Noir soleil, Le Cherche Midi Editeur, 1993, p.63)

Le dessin ci-contre et les vers ci-dessus de Jean-Pierre Luminet (Visiter son blog) donnent à voir et à entendre ce que pourrait être l’indisciplinarité, non seulement en tant que trajectoire de la pensée, tracé mental, rapport de forces et possibles imaginaires mais aussi en tant que traversée vers ou dans l’inconnu qui suppose au moins une discipline (ici : le graphisme, la géométrie, un savoir scientifique et/ou poétique, une direction morale) et tout ce qui en sort (l’arbitraire, le possible, la liberté du mouvement de pensée). C’est en comparant les poèmes de Jean-Pierre Luminet avec ceux du poète Henri Meschonnic (Et la terre coule, 2006), du poète arabe Adonis (La forêt de l’amour en nous, 2009) et du poète indonésien Sapardi Djoko Damono (Suddenly the Night, 1988) que les Mastérants de première année du Master « L’océan Indien en ses textes » de l’université de La Réunion ont interrogé l’enjeu de l’indisciplinarité en poésie, à travers un ensemble de courtes communications qui examinent la notion sous différents angles. Six d’entre eux partagent ici leurs recherches, réalisées sur une période d’un mois, dans le cadre du séminaire de littérature comparée (lire le synopsis). Je les remercie d’avoir accepté de diffuser l’enregistrement de leur communication sur « Littératures comparées vues de l’océan Indien ».

Le programme de cette journée d’étude s’est ouvert avec une communication d’Indiana Fontaine (écouter) qui interroge d’emblée la notion de frontières : « Le poème a-t-il des frontières culturelles ? ». Elle montre que le poème, fût-il né de telle culture ou telle discipline, cultive surtout une dynamique de l’indisciplinarité qui s’apparente à une démarche à la fois heuristique et technique et qui fait du poème une technologie qui unit science (logos) et art (tekhnê). La communication de Katia Hackmann (écouter), « L’amour dans les quatre oeuvres poétiques », étudie l’élément eau dans les poèmes pour interroger la manière métaphorique dont la poésie et les sciences du vivant, évoquées notamment dans la poésie de Damono, décrivent le phénomène de l’amour. De la même manière, en s’interrogeant sur les « Astres et désastres dans les poèmes de Jean-Pierre Luminet et Henri Meschonnic », Maureen Lumineau (écouter) attire plus particulièrement notre attention sur la force de réorganisation du monde et du cosmos propre à la poésie, montrant ainsi que l’indisciplinarité du poème repose sur un subtile équilibre de forces, nécessaire, difficilement saisissable mais repérable à travers le langage. Dans la continuité des réflexions précédentes, May Li Méhari (écouter) propose de reprendre la définition du poème de Henri Meschonnic – « la transformation d’une forme de langage par une forme de vie et la transformation d’une forme de vie par une forme de langage » – pour méditer sur l’articulation « Poésie et matière : dire le monde ». Sa communication montre que le poème ne peut avoir lieu sans le corps. La communication suivante de Kevin Minatchy (écouter) donne l’exemple du corps vibrant jusqu’à la transe dont le langage poétique s’apparente au délire et qui n’est plus rationalisable. « L’hérésie ou la logique scandaleuse des images dans les poèmes de Damono et Adonis » montre donc une indisciplinarité extrême qui fait écho à la pensée mystique. Enfin, pour clore ce partage réflexif autour de l’indisciplinarité du poème, Mariyah Patel (écouter) nous offre une étude comparée sur « Fin et commencement dans les quatre oeuvres poétiques » et montre que dans le commencement du corps se trouve la fin recommencée du poème grâce à une interconnexion indisciplinée des corps.

GIS-MOMM Congress: Refugee Literature Workshop

Claire Gallien organizes a Refugee Literature Workshop at the next GIS-MOMM Congress that will take place on 6 July in Paris, INALCO (65 rue des Grands Moulins, Paris 13e, Room B 3.03). The speakers: Mariangela Palladino, Frédérik Detue, Melissa Chaplin, Nathalie Bontemps, Catherine Coquio, Valerie Anishchenkova, Corina Stan, Bénédicte Letellier, Olivera Jokic, Claire Gallien. Lire le programme.

« The current refugee crisis affecting large parts of the Middle East and the Mediterranean world today has given new prominence to the corpus of refugee literature written by Arab writers in Arabic, English, French, and other European languages. This workshop aims to unpack the category of ‘refugee literature’ and its ideological underpinnings as it relates to question of nationalism and neo-imperialism, but also as it questions and reshapes national literatures by taking refugees out of quarantined zones and into shared literary, cultural, and social spaces.

The speakers of the workshop aim to interrogate the validity of the category of ‘refugee literature’ not only because it homogenizes vastly disparate experiences and capitalize on suffering and pity, but also because it is established on the premise of a binary opposition with the equally problematic concept of ‘national literature.’ What does this sub-category reveal about the position of refugee literature in relation with national canons and the idea of the nation? By using the category, are we not, as scholars and critics, reproducing an asymmetrical power relation that ultimately reproduces the confinement of these writers to a sub- or minor genre?

Related to other forms of trauma literature, the workshop reflects on the translation of refugee experiences. Does one have to be a refugee to write refugee literature? How can the experience be translated, and by whom? Non-written forms of cultural productions, such as oral literature, shall be taken into account, along with the conditions of production, collection, and transmission of refugee experiences in the camps and the role/commitment of translators in the West and beyond.

Finally, the workshop invites comparison between the various recuperations of the term ‘refugee’ by the authors themselves and the status of refugee literature in various countries of the Middle East, North Africa and Europe, but also in Iran, Pakistan, and India. Why would a writer prefer to resort to the elitist category of ‘exile’ rather than call her/himself a ‘refugee writer’? How does refugee literature reconnect with Shahrazad’s paradigmatic interpretation of literature as refuge? Would not the concept of ‘displacement’ be more fitting to characterize texts which relate an experience of displacement but also fundamentally displace categories (author, translator, editor, inside, outside, fiction, surreal, real…) and readers? » (Claire Gallien)