Archives pour la catégorie Colloques en ligne

« L’indisciplinarité du poème » : journée d’étude des Mastérants de lettres (M1)

De chemins entre tous arbitraires
Forcer la géométrie d’un temps révolu
A travers tous les orifices possibles
(Jean-Pierre Luminet, Noir soleil, Le Cherche Midi Editeur, 1993, p.63)

Le dessin ci-contre et les vers ci-dessus de Jean-Pierre Luminet (Visiter son blog) donnent à voir et à entendre ce que pourrait être l’indisciplinarité, non seulement en tant que trajectoire de la pensée, tracé mental, rapport de forces et possibles imaginaires mais aussi en tant que traversée vers ou dans l’inconnu qui suppose au moins une discipline (ici : le graphisme, la géométrie, un savoir scientifique et/ou poétique, une direction morale) et tout ce qui en sort (l’arbitraire, le possible, la liberté du mouvement de pensée). C’est en comparant les poèmes de Jean-Pierre Luminet avec ceux du poète Henri Meschonnic (Et la terre coule, 2006), du poète arabe Adonis (La forêt de l’amour en nous, 2009) et du poète indonésien Sapardi Djoko Damono (Suddenly the Night, 1988) que les Mastérants de première année du Master « L’océan Indien en ses textes » de l’université de La Réunion ont interrogé l’enjeu de l’indisciplinarité en poésie, à travers un ensemble de courtes communications qui examinent la notion sous différents angles. Six d’entre eux partagent ici leurs recherches, réalisées sur une période d’un mois, dans le cadre du séminaire de littérature comparée (lire le synopsis). Je les remercie d’avoir accepté de diffuser l’enregistrement de leur communication sur « Littératures comparées vues de l’océan Indien ».

Le programme de cette journée d’étude s’est ouvert avec une communication d’Indiana Fontaine (écouter) qui interroge d’emblée la notion de frontières : « Le poème a-t-il des frontières culturelles ? ». Elle montre que le poème, fût-il né de telle culture ou telle discipline, cultive surtout une dynamique de l’indisciplinarité qui s’apparente à une démarche à la fois heuristique et technique et qui fait du poème une technologie qui unit science (logos) et art (tekhnê). La communication de Katia Hackmann (écouter), « L’amour dans les quatre oeuvres poétiques », étudie l’élément eau dans les poèmes pour interroger la manière métaphorique dont la poésie et les sciences du vivant, évoquées notamment dans la poésie de Damono, décrivent le phénomène de l’amour. De la même manière, en s’interrogeant sur les « Astres et désastres dans les poèmes de Jean-Pierre Luminet et Henri Meschonnic », Maureen Lumineau (écouter) attire plus particulièrement notre attention sur la force de réorganisation du monde et du cosmos propre à la poésie, montrant ainsi que l’indisciplinarité du poème repose sur un subtile équilibre de forces, nécessaire, difficilement saisissable mais repérable à travers le langage. Dans la continuité des réflexions précédentes, May Li Méhari (écouter) propose de reprendre la définition du poème de Henri Meschonnic – « la transformation d’une forme de langage par une forme de vie et la transformation d’une forme de vie par une forme de langage » – pour méditer sur l’articulation « Poésie et matière : dire le monde ». Sa communication montre que le poème ne peut avoir lieu sans le corps. La communication suivante de Kevin Minatchy (écouter) donne l’exemple du corps vibrant jusqu’à la transe dont le langage poétique s’apparente au délire et qui n’est plus rationalisable. « L’hérésie ou la logique scandaleuse des images dans les poèmes de Damono et Adonis » montre donc une indisciplinarité extrême qui fait écho à la pensée mystique. Enfin, pour clore ce partage réflexif autour de l’indisciplinarité du poème, Mariyah Patel (écouter) nous offre une étude comparée sur « Fin et commencement dans les quatre oeuvres poétiques » et montre que dans le commencement du corps se trouve la fin recommencée du poème grâce à une interconnexion indisciplinée des corps.

GIS-MOMM Congress: Refugee Literature Workshop

Claire Gallien organizes a Refugee Literature Workshop at the next GIS-MOMM Congress that will take place on 6 July in Paris, INALCO (65 rue des Grands Moulins, Paris 13e, Room B 3.03). The speakers: Mariangela Palladino, Frédérik Detue, Melissa Chaplin, Nathalie Bontemps, Catherine Coquio, Valerie Anishchenkova, Corina Stan, Bénédicte Letellier, Olivera Jokic, Claire Gallien. Lire le programme.

« The current refugee crisis affecting large parts of the Middle East and the Mediterranean world today has given new prominence to the corpus of refugee literature written by Arab writers in Arabic, English, French, and other European languages. This workshop aims to unpack the category of ‘refugee literature’ and its ideological underpinnings as it relates to question of nationalism and neo-imperialism, but also as it questions and reshapes national literatures by taking refugees out of quarantined zones and into shared literary, cultural, and social spaces.

The speakers of the workshop aim to interrogate the validity of the category of ‘refugee literature’ not only because it homogenizes vastly disparate experiences and capitalize on suffering and pity, but also because it is established on the premise of a binary opposition with the equally problematic concept of ‘national literature.’ What does this sub-category reveal about the position of refugee literature in relation with national canons and the idea of the nation? By using the category, are we not, as scholars and critics, reproducing an asymmetrical power relation that ultimately reproduces the confinement of these writers to a sub- or minor genre?

Related to other forms of trauma literature, the workshop reflects on the translation of refugee experiences. Does one have to be a refugee to write refugee literature? How can the experience be translated, and by whom? Non-written forms of cultural productions, such as oral literature, shall be taken into account, along with the conditions of production, collection, and transmission of refugee experiences in the camps and the role/commitment of translators in the West and beyond.

Finally, the workshop invites comparison between the various recuperations of the term ‘refugee’ by the authors themselves and the status of refugee literature in various countries of the Middle East, North Africa and Europe, but also in Iran, Pakistan, and India. Why would a writer prefer to resort to the elitist category of ‘exile’ rather than call her/himself a ‘refugee writer’? How does refugee literature reconnect with Shahrazad’s paradigmatic interpretation of literature as refuge? Would not the concept of ‘displacement’ be more fitting to characterize texts which relate an experience of displacement but also fundamentally displace categories (author, translator, editor, inside, outside, fiction, surreal, real…) and readers? » (Claire Gallien)