Archives de catégorie : Contributions

2018: En hommage aux femmes syriennes…

Randi Deguilhem (historienne, directrice de recherche au CNRS, TELEMME, Aix-en-Provence) nous offre la diffusion complète du documentaire (cliquer ici) « Paroles de Damascènes » qu’elle a réalisé de 2008 à 2010 par ses propres moyens. C’est sous la forme d’entretiens avec plusieurs femmes de Damas, au parcours très différent, que le film nous permet d’entendre la voix de femmes arabes. Elles parlent de leur vie privée, de leur expérience professionnelle et partagent spontanément leur regard sur la Syrie d’avant la guerre. Ce film dévoile ainsi au public occidental une Syrie non seulement accueillante mais aussi attentive à une activité intellectuelle et culturelle riche et ouverte au monde. Ces femmes ambitieuses, optimistes, conscientes de leur place et de leur rôle dans la société, déconstruisent certains stéréotypes occidentaux.

Chaque portrait complète et confirme celui des trois femmes syriennes filmées par le réalisateur syrien Bassel El-Khatib dans « Mariam » (2014). Ce film, prisé au festival d’Oran et de Dakhla, relate l’histoire de trois femmes qui partagent le même nom et qui vivent chacune à une époque de guerre. C’est, selon les mots du réalisateur, « une ode à la femme syrienne » et un hommage à la vierge Marie qui enseigne l’amour et la bonté. Il est évident que ces deux films sont un hymne à la femme syrienne qui, en temps de guerre ou non, participe pleinement à la stabilité et au développement serein du pays. Comme l’affirme l’un des personnages du film d’El-Khatib, « si la guerre fait ressortir le pire des hommes, elle montre aussi le meilleur chez certains d’entre eux ». Mais, de manière plus symbolique, ces deux films sont des hymnes à l’amour et à l’humanité nécessaires en ces temps de détresse.

Partage scientifique : La science-fiction et la troisième révolution industrielle (Marc Arino)

Marc Arino (Maître de conférences en Littératures francophones à l’université de La Réunion, CV) partage ici un article sur « Viralités, parasitages et piratages dans Transcendance (2014) de Wally Pfister », proposé en vue de la publication des actes du 5ème Colloque Stella Incognita « Viralités, parasitages et piratages en science-fiction » qui s’est déroulé à l’université de Bordeaux Montaigne les 20 et 21 octobre 2016 sous la direction de Danièle André (Université La Rochelle), Florent Favard, Aurélien Mérard et Natacha Vas-Deyres (Université Bordeaux Montaigne).

Interview avec Basarab Nicolescu : « La physique quantique nous apprend à penser ».

Je remercie vivement Basarab Nicolescu pour m’avoir autorisée à diffuser ici son interview accordée à Charles-Maxence Layet et parue dans le Hors-série n°10 de Kaizen, « Souffle quantique », en novembre 2017.

Basarab Nicolescu est un physicien, théoricien spécialiste de la physique quantique, et écrivain français d’origine roumaine. Ses principales activités de recherche ont largement contribué à renouveler la pensée occidentale, les pratiques et les méthodes scientifiques en vulgarisant sa théorie fondamentale du tiers secrètement inclus. Il est chercheur honoraire du CNRS et fondateur du Centre International de Recherches et d’Etudes Transdisciplinaires (CIRET). J’invite les lecteurs de ce site à lire tout particulièrement trois de ses ouvrages : Nous, la particule et le monde (Editions Le Mail, 1985), Qu’est-ce que la réalité? (Montréal, Liber, 2009) et From Modernity to Cosmodernity (State University of New York Press, 2014).

Partage scientifique : Sur la littérature comparée (Hitoshi Oshima)

Hitoshi Oshima est Professeur de Littérature Comparée et de littérature japonaise à l’université de Fukuoka au Japon. Il a été Président de l’Association japonaise de Littérature Comparée, fonction assumée actuellement par Masahiko Nishi. Avant d’enseigner à l’université de Fukuoka, il a enseigné à Barcelone, Lima, Buenos Aires et Paris. Il est aussi l’un des fondateurs de l’université libre de Karatsu, pilotée bénévolement par quatorze chercheurs de diverses disciplines et dont l’objectif est d’offrir un « apprentissage vivant », de partager des méditations et des réflexions avec un large public sur l’évolution du monde. Les voyages et le parcours professionnel d’Histoshi Oshima sont à l’image de son cheminement intellectuel qui privilégie une pensée dynamique et exprime le souci d’une subjectivité ouverte. Ses réflexions publiées en anglais ou en français se fondent sur une démarche comparatiste clairement pragmatique, destinée avant tout à explorer un espace de rencontres possibles à la lumière desquelles l’individu pourrait élargir sa compréhension du monde et sa propre conscience. Dans une perspective plus globale, Hitoshi Oshima compare des littératures, des visions du monde, des philosophies pour « ne rien négliger » et ne rien mépriser de ce qui est dans le monde, autrement dit, pour penser et agir en rapport avec ce qui est et non avec ce qui devrait être. Dans l’un de ses derniers articles, « Ethics in Myth and History » (Juin 2016), il démontre de manière magistrale à quel point l’éthique fondée sur une vision mythique du monde peut s’avérer plus adaptée au réel et plus juste qu’une éthique fondée sur une vision historique du monde. Tous ses écrits disponibles en langue occidentale permettent d’entrevoir une conception à la fois philosophique et pragmatique de la littérature comparée et plus certainement un enjeu éthique éminemment universel. J’invite vivement tous les lecteurs à lire ses textes disponibles sur son site et à lire ses réponses à mes questions.

1. En quoi la littérature et/ou la pensée japonaises ont-elles pu influencer votre manière de comparer les textes et de penser la littérature à savoir, si j’ai bien compris, comme une dynamique du vivant ?
La pensée japonaise est fondamentalement vitaliste. Traditionellement parlant, la poésie occupe une place importante dans l’esprit des Japonais. Ces deux éléments doivent avoir exercé une influence sur ma façon de penser et voir la literature, sûrement.
Mais il faut dire qu’en ce qui concerne le comparatisme, celui qui m’a beaucoup inspiré est Claude Lévi-Strauss. La pensée sauvage et Tristes Tropiques sont des livres qui m’ont ouvert un horizon intellectuel d’une manière ineffaçable.  
 
2. Dans un article sur Kitaro Nishida, vous démontrez que sa conception philosophique du « champ » permet de lever les paradoxes de la pensée binaire et que, contrairement à la dialectique hégélienne ou à la philosophie de Parménide qui effacent la dualité, cette notion de champ reconnaît toute possibilité de relations y compris contradictoires et conflictuelles. Comment transposez-vous cette notion de champ, philosophique et physique, à la littérature comparée ? En quoi, selon vous, le champ défini par Nishida pourrait-il être un enjeu fondamental pour définir la littérature universelle?
D’après Nishida, le monde est à la fois contradictoire et identique à soi-même. La littérature comparée suivant cette prémisse serait une volonté de saisir l’universel sans perdre de vue la particularité et la multiplicité de toutes les littératures existantes dans le monde.  
   
3. Que pensez-vous de la littérature mondiale ou world literature ?
Je l’accepte en tant qu’elle n’exclut pas ou ne perd pas de vue la particularité et la multiplicité des littératures qui se créent dans différents espaces et temps. Car il est aussi important de penser à l’universel qu’au particulier.

4. Dans un article sur l’éthique de la critique, vous rappelez l’une des recommandations de Camus « Ne rien mépriser ». Diriez-vous que l’éthique du comparatiste, quelle que soit la discipline, se fonde avant tout sur l’amour du même et de l’autre ?
Exactement.

5. Que peut, selon vous, la littérature comparée en temps de détresse et de guerres ?
Employant les mots de « Candide », la littérature comparée est un beau jardin à cultiver même si elle ne peut faire apparemment grand-chose au monde actuel. De plus, puisqu’il est important qu’un enfant connaisse un monde littéraire d’une culture différente à la sienne, ce qui lui ouvrira la porte pour rencontrer l’autre, la littérature comparée a des choses à faire dans le milieu éducatif.

Scientific sharing: an Indian way of thinking about Comparative Literature (E.V. Ramakrishnan)

« Is There an Indian Way of Thinking about Comparative Literature? » E. V. Ramakrishnan argue in his paper (read it here) that Comparative Literature has to be reinvented in India. His question echoes that of A.K. Ramanujan who asked in 1989 about an Indian way of thinking (read his paper here). In the continuity of Ramanujan, he emphasizes the urgency to debate the question of « Indianness » and more precisely he questions « the very idea of India » as he puts it. As a discipline based on concern for the other, Comparative Literature in India can not ignore the plurality of Indian literary traditions and has to recognize that « Indian cannot be conceived merely in terms of nation or nation-state ». But Western modernity, imported by colonialism, favoured a thought free of any context and a standardization of theoretical categories such as the text or the reader. It has thus reinforced the eagerness to homogenize the Indian literature. E.V. Ramakrishnan gives us and compares some examples of bhasha literatures (Fakir Mohan Senapati, Vaikkom Muhammad Basheer) which are simultaneously the site of indigenous modernities as well as what Toni Morrison calls « the shareable imaginative worlds ». He concludes that « even when their modes and models came from outside they answered a need in the native socio-political context. » In the last issue of the Comparative Literature Review of 2015, Laetitia Zecchini ends her article on a similar conclusion: « G. N. Devy opposed two universal paradigms of knowledge: The figure of the « native » or « naive » (the one who is attached to his place and his land) and the figure of « picaro ». But like Kolatkar, who lived all his life in a room in Bombay, while bringing the whole world to him, first of all by books, these writers are rooted cosmopolitans, « naive picaros », who have chosen to fit into a transnational, even « improper » literary history, and to live in an open place, crossed by all the voices of the world. » (« Crisis in Literary History » ? Du « nativisme » et du provincialisme, et de quelques autres débats intellectuels en Inde », RLC, « Problèmes d’histoire littéraire indienne », 4-2015) Thus these Indian literatures reveal the emergence of alternative modernities or, to repeat the wordplay suggested in the title of a collective book edited by E.V. Ramakrishnan, Harish Trivedi and Chandra Mohan (Interdisciplinary alter-natives in Comparative Literature, 2013) « alter-native » modernities embodied by « naive picaros ». In this book, E.V. Ramakrishnan opens the discussion by recalling the need to reinvent Comparative Literature and to demystify the idea of literature. But, in a recent publication edited by M. Sridhar and Sunita Misra (Language Policy and Education in India: Documents, Texts and Debates, London and New York: Routledge, 2017) we can find an enlarged reflection on this issue which he entitled « Language, power and ideology: the changing contexts of bhasha in India ».

E.V.Ramakrishnan is a bilingual writer who has published poetry and literary criticism, in Malayalam, his first language and English. He is also a well-known translator. He has published three volumes of poetry in English: Being Elsewhere in Myself (1980), A Python in a Snake Park (1994), and Terms of Seeing: New and Selected Poems (2006). Among his critical books in English are Interdisciplinary Alter-natives in Comparative Literature (Co-edited, Sage, New Delhi, 2013), Locating Indian Literature: Texts, Traditions and Translations (Orient Blackswan, 2011) and Making It New: Modernism in Malayalam, Marathi and Hindi Poetry (IIAS, Shimla, 1995). He  is presently UGC Professor Emeritus at Central University of Gujarat, Gandhinagar, Gujarat. (Read his bio-note here).

Karin Speedy (Associate Professor in International Studies, Sydney)

Je remercie Karin Speedy d’avoir accepté de répondre à quelques questions, de nous offrir un poème inédit et de soutenir le projet de ce site. J’invite vivement les lecteurs à découvrir son blog « Embruns » dans lequel la formule poétique se marie avec la description scientifique et le récit historique.

1. Karin, comment est né votre intérêt pour la langue et la culture françaises et surtout pour les îles d’outre mer liées à la France par leur passé ?

J’ai toujours été fascinée par le langage, les langues et les histoires. D’abord, c’était la langue et la littérature anglaises qui me passionnaient. Je lisais beaucoup en tant qu’enfant et le monde imaginaire des livres me transportait ailleurs ; un ailleurs qui nourrissait mes rêves. Quand j’ai eu l’occasion de commencer à apprendre d’autres langues à partir de 13 ans, j’ai choisi le français, le latin et l’allemand. J’ai tout de suite eu un coup de foudre pour le français ! Aucune explication, c’était comme ça. J’ai continué mes études de français à l’Université d’Auckland où j’ai eu la chance de rencontrer le Professeur Chris Corne, un linguiste très connu pour ses travaux sur les langues créoles de l’Océan Indien et du Pacifique. C’était grâce à ses cours et, par la suite, ma thèse sur le créole louisianais qu’il a dirigée et dans laquelle j’ai fait une partie comparative avec les créoles de l’Océan Indien et le tayo de Nouvelle-Calédonie, que mon intérêt pour les langues, cultures et histoires des îles francophones est né.

2. Est-il partagé par un grand nombre de chercheurs Australiens ? Ou bien avez-vous un profil original parmi eux – ce que laissent penser non seulement vos domaines de recherches mais aussi votre approche interdisciplinaire et le recours à différents types d’écriture ?

Il faut préciser que je suis néo-zélandaise. C’est important car en tant qu’îlienne j’ai un lien fort avec l’Océan, le Pacifique en particulier. Les Australiens n’ont pas cette même affinité je trouve. Il n’y a pas beaucoup d’autres chercheurs en Australie qui partagent mes domaines de recherche, surtout le côté interdisciplinaire qui est fondamental dans mon profil. J’ai une collègue réunionnaise, Dr Bénédicte André, qui se spécialise dans « Island Studies » et qui fait ses recherches sur le concept de l’îléité dans les écrits des auteurs de l’Océan Indien, des Antilles et du Pacifique. Il y a une autre collègue à Wollongong, Dr Anu Bissoonauth-Bedford, qui travaille sur les langues créoles. Professeur Robert Aldrich, historien à Sydney University a aussi travaillé sur les liens historiques entre le Pacifique et l’Océan Indien.
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Parution : « La réécriture au XXIe siècle », TrOPICS n°3

logotropicsT(r)OPICS, revue électronique des Lettres et Sciences Humaines de l’université de La Réunion, vient de publier le numéro 3, dirigé par Marc Arino (9e section) et Bénédicte Letellier (10e section), sur le thème de la réécriture.

T(r)OPICS est une revue interdisciplinaire en Lettres et en Sciences Humaines en ligne (ISSN 2271-3131), fondée par l’Equipe d’Accueil n°7387 DIRE (Déplacements, Identités, Regards, Ecritures), dirigée par Guilhem Armand. Elle propose un numéro thématique par an, dont les articles sont validés par un comité de lecture idoine selon le principe de la double lecture anonyme. La mise en page puis en ligne est effectuée par le BTCR.